UE-OTAN : entre coopération technique et fragilité politique
La coopération entre l’Union européenne (UE) et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’est considérablement approfondie depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Les deux organisations partagent 23 États membres. Ils font face à des menaces identiques et opèrent principalement dans le même espace géographique. Pour autant, cette coopération reste structurellement limitée. Dans un contexte marqué par la remise en question du lien transatlantique, comment ce partenariat fonctionne-t-il, et dans quelle mesure le contexte actuel en révèle-t-il les fragilités ?
Un partenariat confiné au niveau opérationnel

La coopération entre l’UE et l’OTAN repose sur une architecture institutionnelle dense. Les deux organisations ont signé trois déclarations conjointes en 2016, 2018 et 2023, établissant un cadre de travail commun dans des domaines aussi variés que les menaces hybrides, la cybersécurité ou la mobilité militaire. Ainsi, elles coopèrent aujourd’hui dans 74 domaines distincts, et leurs personnels ont tenu 325 échanges croisés entre 2016 et 2025.
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a par ailleurs renforcé cette dynamique : les deux organisations ont coordonné leur soutien à Kiev et affiché une unité politique inédite face à la Russie. Sur le plan institutionnel, l’adhésion de la Finlande à l’OTAN en 2023 puis de la Suède en 2024 a réduit l’écart de composition entre les deux organisations, renforçant leur base commune.
Cependant, cette coopération reste essentiellement portée par les bureaucraties des deux organisations, au niveau du personnel. Les instances politiques, comme le Comité politique et de sécurité de l’UE et le Conseil de l’Atlantique Nord, ont suspendu leurs réunions conjointes pendant trois ans, avant de les reprendre en 2025. Ce fait révèle, à lui seul, les limites du partenariat : la coordination opérationnelle progresse, mais ne s’accompagne pas d’une convergence politique.
Ces limites s’expliquent par plusieurs tensions structurelles. La première tient aux différences de composition des deux organisations. Quatre États membres de l’UE (Autriche, Chypre, l’Irlande et Malte) ne sont pas membres de l’OTAN. Surtout, la Turquie et Chypre entretiennent un différend de longue date, Chypre étant membre de l’UE mais pas de l’OTAN. Ce blocage empêche depuis deux décennies toute coopération institutionnelle formelle entre les deux organisations.
La seconde tension est d’ordre stratégique. L’ambition d’autonomie stratégique européenne est portée notamment par les États d’Europe de l’ouest, mais plusieurs États membres d’Europe centrale et orientale y voient un risque de découplage vis-à-vis des États-Unis. Cette division interne à l’UE sur la finalité de la défense européenne constitue un frein structurel à l’approfondissement du partenariat.
Le partenariat UE-OTAN mis à l’épreuve
Si le contexte ukrainien a permis une meilleure cohésion entre l’UE et l’OTAN, le retour de Donald Trump à la présidence américaine fragilise cette coopération. Les pressions exercées sur les alliés européens sont significatives. Trump exige qu’ils portent leurs dépenses de défense à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB). Cet objectif a été entériné lors du sommet de La Haye en juin 2025. Il illustre une redéfinition du partage du fardeau au sein de l’Alliance.
Ces évolutions posent une question que les Européens ont longtemps esquivée. Dans quelle mesure la coopération UE-OTAN peut-elle fonctionner si le pilier américain de l’alliance devient moins fiable ?
C’est dans ce contexte que s’inscrit le développement de la défense européenne. Des initiatives comme ReARM Europe ou le Fonds européen de défense sont officiellement présentées comme complémentaires à l’OTAN. Pourtant, la question de la duplication capacitaire reste ouverte. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a ainsi jugé nécessaire de transmettre des accords de normalisation de l’OTAN à la Commission européenne en janvier 2026. L’objectif était d’aligner les planifications capacitaires des deux organisations. Cela témoigne d’une coordination qui ne va pas de soi.
Dans leur dixième rapport d’étape de juin 2025, l’UE et l’OTAN réaffirment leur volonté commune de faire face aux défis sécuritaires. Cela confirme l’existence d’une coopération réelle. Toutefois, réaffirmer n’est pas résoudre. Tant que les tensions structurelles identifiées ne seront pas levées, ce partenariat restera ce qu’il est aujourd’hui : solide sur le plan technique, fragile sur le plan politique.


